Magasin des horizons

En 2016, le Magasin de Grenoble, lieu emblématique d’une histoire de l’exposition des années 1990-2000, démarre un nouveau projet sous la direction de Béatrice Josse, s’intitulant désormais Magasin des horizons. L’expérience artistique s’articule au dehors, à l’espace public, se conçoit comme un moment social et politique, ancrée dans le corps et en quête de commun. Les enjeux de l’exposition se déplacent vers d’autres endroits : la création de relations, l’engagement face aux défis du monde actuel (climat, migrations, ..), la transmission. Ce workshop a permis aux étudiants de découvrir ce projet en s’immergeant dans les lieux, en se l’appropriant, en imaginant à leur tour les fonctions et usages du Magasin des horizons, et plus largement ce que pourrait incarner un centre d’art du futur. En rebondissant sur le projet de Béatrice Josse, ils ont élaboré des scénarios, dessiné des espaces, formalisé des idées, mis en œuvre des dispositifs scénographiques adressés aux publics, au dehors, mais aussi à l’équipe. Enfin, le workshop s’est poursuivi par une rencontre avec l’atelier des horizons, auto-formation professionnelle tournée vers l’attention au monde, le prendre soin, l’horizontalité des savoirs, et la déhiérarchisation des positions individuelles. Autant d’expériences qui donnent à penser les rôles de l’art et de la scénographie comme possibilités d’agir dans un monde en crise.

Projet conduit par Laurent P. Berger et Mathilde Roman, professeurs à l’ESAP, en octobre 2018, avec des étudiants de quatrième et cinquième année.

Projet 1: Elsa Tilignac, Fernand Bretillot, Céline Pagès

La découverte du bâtiment nous a immédiatement plongé au cœur de la problématique du centre d’art. Dans le projet de Béatrice Josse, mais aussi dans la manière qu’elle a eu de nous le présenter, deux notions nous ont particulièrement marqué : l’engagement et la transition. Transition de nom, de projet artistique, de public : Le magasin devenant le magasin des horizons, centre d’art et de culture et plus seulement d’art contemporain, est dans une recherche permanente de nouveaux publics, avec une volonté forte et affirmée de rendre ses spectateurs actifs voir même acteur du lieu. 

C’est à partir de cet état des lieux que nous avons esquissé, à trois, un projet qui viendrait s’établir dans « le bocal ». Cet espace fait face à l’accueil et sert actuellement de salle de réunion ponctuelle. 

Pour mettre en valeur un espace aussi vaste que celui de la rue du magasin il faut créer un sas : la compression du premier lieu traversé rendra le second encore plus impressionnant, c’est un principe simple d’architecture. Cette salle exiguë serait donc la charnière idéale entre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur.

Grâce à l’aménagement de 3 pôles, ce bocal donnerait aux visiteurs des clefs de lecture du projet global (et surtout pas de l’exposition). Son emplacement permettrait plusieurs parcours (accueil-bocal-exposition / accueil-exposition / accueil-exposition-bocal) pour s’inclure dans la réflexion autour de la déhiérarchisation des savoirs, c’est-à-dire penser une médiation toujours accessible mais jamais imposée. 

Le premier pôle serait constitué d’écrans et aurait pour objectif de faire exister / mettre en avant l’expérience des publics via la diffusion de photos, de vidéos et pourquoi pas, d’intégrer les publications des différents réseaux sociaux actuels, très bien alimentés mais sans audience large. 

Le second pôle serait en direction de l’équipe qui tient/soutient le magasin des horizons. Cet espace leur serait dédiés, permettant d’interagir avec les visiteurs via plusieurs support dans une relation moins formelle que celle de l’exposition. Leurs interviews, témoignages et ressentis ont grandement contribué à notre pleine compréhension du projet actuel et il nous a semblé que les partager à un plus grand nombre serait bénéfique, tant pour l’équipe que pour les « visiteurs lambda ». 

Le troisième et dernier pôle serait celui des espaces invisibles. La projection d’une vidéo permettrait de donner à voir toutes les parties cachés du bâtiment (que l’on a eu la chance de visiter mais que les visiteurs n’ont pas) que ce soit les nombreuses pièces encore en travaux, celle à rénover ou encore celle qui abrite le considérable travail réalisé avec les archives ! 

Les murs permettraient l’accrochage d’affiches qui rappellent les événements passés et ceux à venir, tout ce qui se déroule à l’extérieur

Ces trois pôles ont pour objectif de contextualiser. Replacer les nouvelles expositions dans le cycle qui les accompagne tout au long de l’année avec un tissu local concerné et impliqué, remettre la « rue » dans l’enceinte global d’un bâtiment difficile à prendre en charge techniquement et financièrement, faire connaitre le contexte de travail de l’équipe et toute l’énergie et les propositions faîtes au quotidien pour offrir au spectateur une expérience enrichissante et dynamique. 

projet1.dprojet1.eprojet1.cprojet1.bProjet 2: Fernand Bretillot

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Projet 3: Laura Bel

La hauteur sous plafond du Magasin des Horizons offrant un volume considérable, je regrettais qu’elle ne soit pas plus investie. Toute la partie haute qui demeure inaccessible est constituée d’une verrière qui offre une vision assez large sur l’extérieur et les alentours du centre d’art.

J’ai de ce fait imaginé un échafaudage mobile qui ferait office de mirador. J’imaginais ce support comme un outils qui servirait à la fois aux artistes pour le montage de leurs œuvres et qui leur permettrait d’investir le lieu dans sa hauteur. 

Ce dispositif modulable que l’artiste pourrait positionner dans l’espace apporterait des angles de vue particuliers sur son travail et également générer des points de vue sur des œuvres présentent en dehors des murs de l’institution. Il permettrait alors de réinvestir les vitres de la verrière comme des cadres de visionnage sur le dehors.

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Conférence Philippe Duboÿ, le 6 octobre 2016

Conférence  Philippe Duboÿ, le 6 octobre 2016 à 11h00
Pavillon Bosio, École supérieure d’arts plastiques de la ville de Monaco

 
Carlo Scarpa, Montréal, 1967,
Pavillon italien, « La Poésie », commissaire Giulio Carlo Argan, le David de Donatello est posé à l’extérieur du pavillon sur le dallage de La Flagellation du Christ de Piero Della Francesca.
Philippe Duboÿ, architecte et historien de l’art, enseigne l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme à l’École nationale d’architecture de Paris-La Villette.

Ses recherches ont fait l’objet de nombreuses publications, en particulier sa thèse de doctorat, Lequeu, une énigme (éd. Hazan, 1987). Comme commissaire d’exposition, il faut retenir Die Andere Stadt au MAK de Vienne en 1989, la conclusion logique de son travail d’archivage des dessins de l’architecte italien Carlo Scarpa.

Carlo Scarpa (1906- 1978), Un musée à croissance illimitée

« Le jeu savant, correct et magnifique des formes sous la lumière (méditerranéenne) » Le Corbusier, Venise 1934

De 1942 à 1976, de la première Galerie du Cavallino à Venise à la préfiguration du Musée Picasso à Paris, l’expérience d’architecte de Carlo Scarpa a été de construire un musée à croissance illimitée où, à la différence de Le Corbusier, chaque occasion de se confronter avec l’oeuvre d’art lui a permis d’affirmer, avec ses convictions d’architecte, à son corps défendant, ses qualités de muséographe.

En 1972 Il en définit lui-même les tenants et les aboutissants: « Je me suis occupé d’expositions, de musées aussi.. Maintenant j’ai des invitations pour faire d’autres musées, deux autres. mais j’ai toujours affaire à des lieux d’ores et déjà construits: comment fais-je faire pour les transformer? Ceci est lié un peu à tout le bagage dont je suis fait, le bagage de la tradition, le bagage des connaissances, les composantes que l’architecture moderne nous a – comment dire ?- fait absorber en osmose. »

 Copyright © pavillonbosio.com
PAVILLON BOSIO, École Supérieure d’Arts Plastiques de la Ville de Monaco
1, Avenue des Pins, MC 98000 Monaco
Tél. 00 377 93 30 18 39 / Fax. 00 377 93 30 34 36

L’après-midi, Villa Arson

Avec cette proposition de Mathieu Mercier, commissaire invité, l’exposition collective devient un arrangement d’objets-signes comme autant de rappels des artistes exposés dans le centre d’art. Au spectateur de retrouver le fil qui relie une pierre, une voiture, des morceaux de tôle et une corde aux pratiques singulière de quatre jeunes artistes qui ont partagé une résidence de deux années à la Villa Arson.

Plutôt que de contraindre leurs univers à l’exercice de l’exposition collective, Mathieu Mercier les a accompagné dans quatre solo show, et a conçu une méta-exposition où se rejoue l’expérience de la rencontre, emblématique de ce programme de post-diplôme 5-7.

« L’après-midi », exposition de Julien Dubuisson, Ibai Hernandorena, Lidwine Prolonge, Jean-Charles de Quillacq. Commissariat de Mathieu Mercier. Villa Arson, jusqu’au 28/12/2015
« L’après-midi », exposition de Julien Dubuisson, Ibai Hernandorena, Lidwine Prolonge, Jean-Charles de Quillacq. Commissariat de Mathieu Mercier. Villa Arson, jusqu’au 28/12/2015

Diego Bianchi, El Trabajo en exhibicion, galerie Jocelyn Wolff

Exposer le travail et activer l’exposition…
Diego Bianchi fait se rencontrer l’obsolescence programmée des objets et la réalité quotidienne du travail de bureau d’une galerie d’art. Chaque arrivée d’un spectateur vient interrompre l’activité de la galerie en obligeant un des employés à réaliser de petites actions théâtrales absurdes avec les sculptures qui encombrent l’espace de la galerie.
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Jusqu’au 5 oct 2015

Take me (I’m Yours) à la Monnaie de Paris

Réactivant une exposition montée il y a une vingtaine d’année, Hans-Ulrich Obrist et Christian Boltanski interrogent les logiques de don, d’échange, et de production participative qui sont devenues centrales aujourd’hui, même dans le territoire de l’art. Le spectateur est au centre de ce projet, et ses tentations d’exposition de soi et de fétichisation du moindre de ses gestes au cœur de plusieurs œuvres.

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Du 16 septembre au 25 octobre 2015 à la Monnaie de Paris.

Premier Symposium des gardiens de musées

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#Planter le décor

#Premier symposium des gardiens de musées

Pour son premier projet de recherche, le Laboratoire Intercommunal Culturel Ornemental & Recherche Nomade, fondé par Mikaël Belmonte, a convié  Paul Souviron, artiste plasticien, Vanessa Morisset, historienne et critique d’art et Vincent Verlé, commissaire d’exposition, à questionner la singularité d’un lieu, en tant qu’espace d’exposition. Cette invitation prend place dans le cadre du post-diplôme du Pavillon Bosio, Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de la Ville de Monaco.

Le propos du Laboratoire se caractérise par la recherche de dispositifs qui perturbent les codes intrinsèques à l’art contemporain, tels que ceux qui conditionnent la carrière d’un artiste – c’est-à-dire sa progression dans l’échelle sociale artistique – ou la codification des expositions, dans le cadre d’une recherche collective. Acceptant les invitations qui lui sont faites de la part d’institutions, une fois dans les lieux, il remet en cause leurs pratiques et notamment de celle de l’exposition. Ainsi est né le projet présenté aujourd’hui au Dojo à Nice.

Structure atypique, le Dojo ressemble à un white cube sans en être véritablement un: des expositions y sont régulièrement organisées alors qu’il abrite les bureaux d’une entreprise de communication. En nous projetant de nous installer ici, nous nous sommes d’emblée interrogés sur les interactions qui adviennent entre les aménagements professionnels, les personnes qui y travaillent et l’espace d’exposition tel qu’il doit se présenter pour répondre aux codes du milieu de l’art. Autrement dit, comment les déterminations concrètes et physiques du lieu se superposent-elles à celles de l’espace, en principe plus abstrait, de l’exposition ? Comment s’harmonise le double décor du Dojo et de l’exposition-type, bureaux, ordinateurs, photocopieuse v/s pièces exposées, communiqué de presse, vernissage ? Et les circulations qu’ils impliquent : du bureau à la photocopieuse en passant par la machine à café ou entre les œuvres en suivant les indications de titres sur une feuille de papier ? Notre proposition consiste à les dérégler toutes les deux, en plantant dans un premier temps le décor, #planterledécor.

Dans sa traduction plastique globale, ce projet prend la forme d’une scénographie d’exposition SANS exposition ; ou plutôt : d’une scénographie COMME exposition, se déroulant sous le mode d’une mise en veille… dont le redémarrage est imminent.

L’une des stratégies mise place consiste dans le réemploi d’éléments de cimaise créés pour l’une des expositions phares du Dojo, celle de Mathieu Mercier en 2008. À la manière des artistes de la Renaissance qui s’emparaient de fragments de pièces antiques pour les intégrer à leur propres œuvres, ou même des détournements inspirés des situationnistes, ces cimaises sont peintes ou retaillées en fonction de notre projet, entre citation artistique et récupération prosaïque, appropriation savante et bricolage efficace. Incarnant tout particulièrement l’idée d’un décor qui tient lieu d’exposition, divers éléments construits en partie avec ces cimaises occupent une part importante de l’espace.

Au terme d’une première période de latence, le décor s’active l’espace d’un instant pour accueillir l’organisation d’un événement, le #premiersymposiumdesgardiensdemusées. Focus sur une caractéristique essentielle et peu mise en valeur de l’exposition, la présence constante des gardiens et des surveillants, le symposium permettra à ces professionnels de l’art à part entière de communiquer leurs points de vue, ouvrant sur une nouvelle perception des expositions. Dotés d’une expérience des accrochages et des œuvres différente de celle de l’artiste, du commissaire, du critique, du médiateur ou du public, les gardiens ont en effet une expertise singulière sur nombres d’aspects de la vie des expositions qu’il reste à découvrir. Quels sont les degrés de porosité entre leur métier et l’art ? Sont-ils devenus collectionneurs ?…

Hérité de l’antiquité et bien connu par l’intermédiaire du Banquet de Platon, la forme du symposium est envisagée comme un dispositif propice à la discussion, grâce à sa convivialité, mais surtout comme un contexte favorisant des approches non-officielles. La transmission des souvenirs des gardiens et l’évocation de l’iconographie des expositions qu’ils ont (sur)veillées, à travers leur récit, habiteront notre décor et reverront chacun à l’inventaire de ses propres souvenirs d’expositions, à l’heure où la circulation ininterrompue des multiples visuels se substitue à la mémoire.

Le Pavillon Bosio, Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de la Ville de Monaco, a mis en place un post-diplôme ouvert aux jeunes artistes investissant le champ de la scénographie. Dans ce cadre, Mikaël Belmonte été invité à une résidence de création au Dojo, à  Nice, qui débouche sur plusieurs temps d’ouverture et d’activation d’un dispositif. Ce post-diplôme bénéficie du soutien de l’association The Monaco Project for the Arts.